« C'est l’œil qui voit,
c'est la main qui fait. »

© photo : Louise Imagine
© photo : Louise Imagine

Voilà pour moi l’état d’esprit avec lequel il faut aborder la fabrication d’instruments du quatuor.

Deux phases se succèdent donc.

La lutherie, comme beaucoup d’autres artisanats d’art, s’appuie sur son histoire, et les techniques de fabrication demeurent quasiment inchangées depuis l’origine. C’est pourquoi il est essentiel de connaître et maîtriser cet héritage, qui nous guidera tout au long de la construction d’un instrument.
Dans cette première phase, plus analytique, nous définissons avec le musicien le type de son recherché. J’apporte un grand soin au modèle et à son dessin, ainsi qu’au choix du bois. Ces deux paramètres sont déterminants pour la nature du son.

Ensuite vient la phase de fabrication à proprement parler.
La lutherie est éminemment empirique, et si toutes nos connaissances intellectuelles nous permettent d’organiser notre travail et d’acquérir de bons réflexes, au moment de couper le bois, il faut nous en remettre à notre expérience passée, aux instruments déjà réalisés, qui ont imprimés en nous une sorte de bibliothèque sensorielle.
Il faut alors être à l’écoute de la table et du fond que l’on travaille, laisser vivre l’énergie emmagasinée pendant la phase réflexive, et faire confiance à ses sensations.

 

Ne faisons pas fausse route, il est vain d’opposer anciens et modernes.
Les plus beaux instruments anciens sont pour les luthiers fabricants une source d’inspiration quasiment infinie, tant pour la qualité du travail du bois, que pour la magnificence de certains vernis.
Pour autant, ils ne sont que des guides qui nous permettent d’apporter notre pierre à l’édifice.
Quel intérêt de reproduire fidèlement voutes et épaisseurs, alors que beaucoup d’instruments ont été modifiés par les luthiers, et déformés par le temps ? Il me semble plus intéressant d’en comprendre le fonctionnement, et de s’en servir pour faire son chemin.

N’oublions pas que les instruments que nous admirons sont issus d’ateliers très actifs, où évoluaient nombre d’employés et d’apprentis. Les luthiers de génie qu’étaient Stradivari ou Vuillaume n’auraient probablement pas pu acquérir un tel niveau, ni une telle renommée, sans la contribution de toutes ces petites mains.
S’il est impossible de travailler de cette façon aujourd’hui, nous pouvons néanmoins nous inspirer de l’ambiance qui devaient régner dans ces ateliers, en ne cessant jamais d’être dans le faire, la recherche et la curiosité.

De plus en plus de musiciens se tournent vers la lutherie moderne, et je suis heureux de constater que ce pourquoi je travaille depuis plusieurs années a désormais acquis toute sa légitimité.